Edito 2010
Avec sa 16ème édition, le Cap Festival s’inscrit résolument dans le sillage de sa tradition, tout en la revisitant, pour l’amarrer dans le laboratoire musical de demain : subtile alchimie entre des artistes déjà reconnus et d’autres en devenir, sur fond d’éclectisme et de voyage vers les confins.
Le soir du vendredi 20 août 2010
Dès le vendredi soir, embarquement aux lisières d’un monde sans frontières. Formée en 2002, la Cumbia Chicharra déploiera sa vague latine et sensuelle sur les frondaisons de Centrès en une ode aux danses d’Amérique du Sud.
Invitation à la danse confirmée par la lame funk que fera jaillir ensuite, Sfonx, sur les rives de la soul et du rock.
Ce métissage musical prendra plus de résonances encore avec les onze hongrois d’Irie Maffia dont la déferlante reggae hip-hop embrase les festivals depuis 2005.
En dernier lieu, Pad Brapad au style Urban Tzigan symbolisera le point d’orgue chamarré de la nuit. Au carrefour de l’Europe de l’Est et de l’Angleterre, ces six gadjés sculptent leur héritage klezmer sur un matériau électro, jouant de l’archet et du beat en de savants arrangements.
Le soir du samedi 21 août 2010
Le samedi soir, escale sur les berges de l’utopie rock. Débuts frissonnants de grâce et d’énergie, emportés par le duo toulousain des Cats on Trees qui se sont déjà perchés sur les arbres du printemps de Bourges. Leurs chants séraphiques et psychédéliques sont ponctués par la violence contenue d’une batterie fougueuse.
Puis détour par les plages de Marseille où s’est fixée l’errance moldave des huit musiciens de la Fanfare Vagabontu pour faire exploser leur musique de soleil et de fête.
Après cette incandescence de cuivres, halte dans les célèbres cuisines sises en Suisse des Hell’s Kitchen. Trois étonnants cuisiniers officient aux fourneaux, mitonnant un blues rugueux cousinant avec le rock rêche du garage qui se fond parfois en velouté suave.
A la fin de ce repas du diable, un détonnant pousse-rapière enflammera les convives, brûlant breuvage concocté par les lillois enfiévrés de Skip the Use. Ces familiers des festivals, (Bourges, Art Rock 2010) ont été biberonnés au rock, punk, ska, influences désormais mâtinées d’électro et de disco. Ils donneront libre-cours à leurs refrains entêtants sur des riffs acérés, transformant l’amphithéâtre végétal de Centrès en un vaste dance-floor sous les étoiles.
Nouvel R y étendra ensuite ses magnétiques arrangements électro, écrin élégant enchâssant un hip-hop réverbérant de rage pudique. Rompu aux festivals, ce collectif fera bruire sa révolte musicale jusqu’à l’aube.
Le soir du dimanche 22 août 2010
Enfin le dimanche, à l’heure où décline le soleil et où se lèvent les verres dans un élan de convivialité, les six comparses des Mento Men, issus de nos contrées, entraîneront le public sur les sentes exotiques et chaleureuses du Mento.
Après avoir ranimé une géographie lointaine et passée, nos aveyronnais cèderont la place au Comité. Collectif de pionniers clermontois et naucellois, ils défrichent une tradition occitane, enracinée sur les terres improbables du rock et du ragga. A chacun de leurs concerts, ces adeptes de fusion réconcilient passé et présent.
Dans la mouvance de cette quête restaurant le passé pour mieux inventer l’avenir, se situe le new-yorkais Fredo Viola. A la croisée des chemins, entre chants grégoriens et folk, en orfèvre des sons, il a créé une pop originale, richement ciselée où les voix éthérées escaladent les cieux, ressuscitant la féerie de l’enfance. Invitation au songe admirablement retranscrite dans son opus « The Turn », meilleur 2ème album de l’année 2009.
Cette escapade au pays des rêves se clôturera sur la brillante intervention du trio AlgoRythmik. Son swing électro jazz panaché de hip-hop sur fond de samples scellera l’ultime maillon de cette chaîne musicale reliant héritage et avenir, à perte de nuit.
Et en journée
La même philosophie alliant découvertes et voyages a présidé aux choix des manifestations proposées en journées : éclectisme et qualité se conjuguent pour offrir des spectacles propices à la rêverie, au rire et à la réflexion joyeuse.
Le samedi, la Cie « Le Nom du Titre » invitera chacun à prendre place au Cabaret Philosophique pour analyser les problèmes de ce monde à la lumière des concepts détournés par un humour vivifiant. Puis, la Cie « Dare D’Art » distillera ses facétieuses arabesques et voltiges, du haut d’un trapèze. Et tandis que les lueurs vespérales embraseront le ciel dans le village, les cuivres de l’orchestre Trankilesha feront tinter les verres à l’apéro sur des rythmes ska et blues.
La journée dominicale fera la part belle au roman de cape et d’épée grâce à la Cie « Afag Théâtre » et à ses trois mousquetaires maniant rapières et mots avec maestria. Un peu plus tard sévira un autre trio pour notre plus grand plaisir. Le Trio Zéphyr, composé de trois gentes damoiselles, installera le public dans une exquise rêverie lors de la sieste. Quant au village, il sera parcouru par le piquant fumet d’un 3ème trio, celui des cuisiniers suisses de Hell’s Kitchen, à l’heure de l’apéro.
Encore une belle traversée des genres musicaux et des pays pour ce 16ème Cap Festival où l’invitation au voyage épouse celles de la rencontre et de l’aventure humaine.